A propos de l’abstention

L’abstention a été largement majoritaire durant ces élections régionales et départementales. Quand des candidats, quel qu’ils soient, sont élus avec 50 % de 30 % du corps électoral, ils perdent de leur légitimité. Quelles leçons peut-on en tirer ?

D’abord le fait d’insulter ou de traiter par le mépris les abstentionnistes ne marche pas, il n’y pas eu de sursaut civique entre les deux tours. Ce qui est compréhensible. Si les candidatures du premier tour n’emballent pas les électeurs, celles du second tour, plus réduites, ont peu de chance de mobiliser, surtout si c’est pour choisir entre les moins pires des candidats.

Ces candidats ressemblent-ils aux électeurs qu’ils prétendent représenter ? Si à l’extrême-gauche on croise hélas trop souvent des militants bavards et en quête de pureté politique, au centre et à droite, on trouve des classes sociales supérieures sur-représentées. En 1945 il y avait 19 % d’ouvriers au Parlement, il n’y en a plus un seul aujourd’hui. Y aurait-il corrélation entre cette courbe décroissante et l’ascension de la courbe de l’abstention ?

Comment s’identifier à des hommes et femmes politiques qui se sont construits un univers professionnel et financier sécurisé en cumulant des mandats et des indemnités ? Le conseil départemental de l’Aveyron en est un exemple flagrant, seuls dix conseillers sortants sur quarante-six ne cumulaient pas un ou plusieurs autres mandats politiques. Beaucoup font de ces cumuls un argument électoral alors qu’ils verrouillent la démocratie locale.

L’abstention massive de ces deux dernières semaines a-t-elle pour autant un impact sur la vie politique. Élus avec 100 % ou 30 % de participation, les élus sont toujours aussi arrogant. La compression du nombre de votants à un niveau très bas semblerait aussi favoriser le statut quo. Tous les sortants ont été réélus, aucune région, en métropole, n’a basculée.

Que faire alors pour ré-impliquer la population dans le débat démocratique ? Certainement pas proposer des réponses techniques du type vote électronique ou vote obligatoire, c’est un problème politique.

Les élus pourraient se remettre en cause et proposer des projets politiques qui concerneraient toute la population et non uniquement leurs électeurs ou les classes sociales aisées, mais on ne peut pas trop compter là-dessus. Étendre les référendums permettrait aux citoyens de s’impliquer dans des décisions concrètes, au lieu de toujours laisser une délégation de pouvoir lors des élections, soumis à l’arbitraire d’un élu. Le référendum révocatoire peut être une autre piste pour permettre une expression palpable des citoyens.

Signe de découragement ou de révolte, l’abstention massive durant les derniers scrutins locaux est un indicateur d’un effondrement en cour du système politique. Seuls les élus, dont l’égo dopé par leur victoire obscurcit leur esprit critique, semblent de ne pas s’en apercevoir.

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